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Interview de Bernard Cheviet, retour sur un vainqueur de la Targa d'Oro
le 04-08-2020
par Anne-pascale Delisle
Compétition emblématique du mois d'avril en Italie, à Alassio, la Targa d'Oro ne s'est pas tenue en avril 2020, en raison de l'épidémie de coronavirus. Les organisateurs, qui avaient imaginé un report à la fin septembre, viennent finalement d'annuler la compétition. La dernière édition avait vu la victoire de Xavier Challamel (Rumilly), pour le troisième succès d'une équipe française en 66 éditions. Réalisées en majorité pendant la période du confinement, ces interviews donnent la parole à différents joueurs français, vainqueurs de cette incontournable manifestation bouliste. Des publications réalisées pour le site boccealassio.it et relayées aujourd'hui sur le site fédéral.

Bernard Cheviet, on ne le présente plus. Joueur numéro 1 en France pendant de longues décennies, à la tête de l'équipe de France pendant des années, son talent et ses victoires lui ont valu le surnom de "Maestro".

"Bibi" a joué pendant trois ans en Italie, de 1972 à 1974. Il a emporté la Targa d'Oro à Alassio en 1973, sous les couleurs de la Rivodorese. Devenant ainsi le cinquième français à l'emporter après les Niçois des Résolus Bois Roulant, lors de la première édition en 1954. Nous lui avons demandé de ses nouvelles et proposé revenir sur ses aventures italiennes.

Bernard Cheviet au tir en 1977

On prend de tes nouvelles ? Comment se passe le confinement ?

La santé va, comme elle peut aller à 77 ans. Le confinement se vit bien. On ne bouge pas trop. J'ai mon petit rez-de jardin où je m'occupe des fleurs. Ce qui me manque le plus, c'est les lundi et jeudi après-midi : on avait pris l'habitude de se retrouver au boulodrome à la Mulatière, quartier de Lyon à côté du Pont Pasteur. C'était l'ancien club de mon père. Je fais part des plus jeunes ! On faisait notre partie de boules, suivie d'une coinche ou d'un tarot en fonction du temps. Alors on s'appelle de temps en temps.

Les boules et l'Ialie, cela a démarré comment ?

La seconde année où j'ai gagné Bellecour en cadet (deux victoires de suite), les organisateurs avaient invité une équipe italienne de Gênes. Nous les avions battu en quart de finale, ils s'appelaient Cianti. Leur manager avait pris les contacts pour nous inviter au tournoi de la San Pietro, à Gênes, en 1962. Ils l'avaient appelé le premier championnat d'Europe mais il n'était pas un officiel. Nous avions gagné cette compétiton, en retrouvant Cianti en finale.

De 1962 à 1963, je faisais mon service militaire en Algérie. Juillet 1963, je reviens en permission de détente. Je dispute le France Quadrettes à Vichy. On perd en finale contre quatre lyonnais, l 'équipe de René Verchere. Les sélectionneurs avaient un oeil sur moi et me prennent pour disputer le championnat du monde à Toulouse. Mais je devais rentrer pour mon service militaire. Vitalis, le manager de l'équipe de France s'arrange pour me maintenir en France pendant quelques jours et je peux disputer ce Mondial, où l'on perd en finale contre l'équipe italienne de Granaglia.

Alassio, ta première participation et ta première impression ?

En 1964, j'avais 21 ans à l'époque. Le Mondial devait se dérouler à Lausanne en Suisse. Vitalis et Thermoz, le sélectionneur, choisissent quatre joueurs pour aller disputer le concours d'Alassio. Je jouais avec des gens qui avaient l'âge de mes parents. Il y avait notamment René Carret, qui était pressenti pour la sélection du Mondial à la place de Robert Millon. A l'époque, disputer de grandes rencontres ne m'impressionnait pas. Cela ne me faisait pas grand chose. Je dormais bien la veille, il n'y avait pas de soucis de ce côté là.

C'était une compétition qui n'était pas connue en France, tout au moins dans la région lyonnaise. Sûrement plus en Côte d'Azur. Ce qui m'a surpris, c'est quand tu arrives sur place : voir tout ce monde, avec des équipes déjà habillées toutes pareilles : on ne voyait cela en France que pour Pentecôte et pour les championnats de France. Là non, les gens descendaient de la montagne ou de la campagne, et tout le monde avait le même maillot. On ressentait déjà le professionnalisme italien par rapport à la France.

Quel souvenir ?

Une première sous la neige ! Nous avons perdu en finale. En quart de finale, nous avions battu la formation de Beppe Carrera, en demi-finale celle de Rivano. Tous des très grands joueurs italiens. Nous avions perdu la finale, il devait être minuit. Sous une neige battante ! Face à nous, l'équipe de la Pianelli Traversa avec Granaglia, Maccoco, Baroetto et Motto.

Tu as emporté la victoire en 1973 ?

Oui, j'ai joué en Italie de 1972 à 1974, pour la Rivodorese, la Rive d'Or du Pô, à Turin. Je n'ai pas pu disputer l'édition 1972 car j'ai perdu mon beau-père à cette époque là. En 1973, nous l'emportons avec Franco Benevene, Mario Suini et Arrigo Caudera.

Bernard Cheviet contre Granaglia, Benevene, Baroetto
et Motto en 1967 à Grenoble

Quel souvenir tu en gardes ?

À l'époque, les équipes ne s'inscrivaient pas à l'avance. Les gens arrivaient une heure avant, beaucoup descendaient de la campagne. La première partie débutait vers 9h30 le samedi matin. Je pense qu'il y avait aux alentours de 230 équipes. La compétition durait jusqu'au dimanche soir, avec une finale qui finissait à plus de minuit ! A cette époque, on ne jouait pas en temps limité, il fallait être en bonne condition physique. C'était une épreuve de longue haleine !

Tes partenaires de l'époque ?

Arrigo Caudera pointait de tête, un grand monsieur, également fabricant de boules. Dans des jeux lisses, il n'y en avait point qui pouvait faire mieux que lui, autant peut-être mais pas mieux. Mario Suini, bien c'était Mario Suini, le grand joueur que l'on connait. Il jouait pointeur en second. Et Franco Benevene tirait de tête : il tirait 20 à 22 boules, sans un trou, il n'y avait pas de déchêts. C'était un joueur teigneux, qui voulait gagner. J'occupais la place de tireur en second, ca a été mon poste de prédilection, je tirais des boules à froid et je pointais très bien.

Bernard Cheviet au point en 1989

Des souvenirs marquants ?

La finale de 1964, sous la neige, on voyait vraiment à peine les boules pour tirer. Ce qui était incroyable, c'est le public qui était toujours présent, malgré la neige et l'heure de la finale. Et à cette époque, on ne jouait pas en boulodrome couvert. Un public sensationnel qui appréciait le beau jeu et qui nous soutenait. Je pense que j'étais apprécié. La rivalité avec l'équipe d'Umberto Granaglia y était sûrement pour quelque chose. Je suis venu voir jouer Bruno Perras pour une rencontre de clubs dans les années 2000 : le speaker m'avait fait annoncer et le public a applaudi pendant de longues minutes, c'était impensable.

D'Alassio mais aussi de mes trois ans en Italie, j'ai apprécié le "professionnalisme". Quand on venait y jouer aux boules, on savait où on allait, c'était rigoureux. J'ai failli y retourner jouer dans les années 2000 mais l'idée des kilomètres à faire m'a fait renoncer.

Un mot de conclusion pour les organisateurs et pour l'Italie ?

J'espère que les organisateurs pourront tenir le 70ème anniversaire. Mais on ne sait pas où l'on va et on risque d'en avoir pour quelques temps. L'Italie et la France traversent une période difficile. Il faut prendre son mal en patience. L'important est de préserver la santé des gens. Si les boules sont à l'arrêt aujourd'hui, elles se remettront un jour à rouler.
 
Christophe CAMPIGLIA


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